La Mairie

Article tiré du N° 28 de « L’Echo de Plainpalais du 6 octobre 1892

MAIRIE DE PLAINPALAIS

LA SALLE DES MARIAGES

              L’autre jour, le hasard me conduisait dans l’atelier d’un peintre genevois des plus connus où je vis sur le chevalet une toile presque achevée. – Pour qui est cette merveille ? m’écriai-je – Pour la Mairie  de Plainpalais, me répondit l’artiste.
Une mairie qui commande des peintures est chose bien inusitée chez nous ; ma curiosité étant éveillée, j’accablais l’artiste de questions auxquelles il semblait vouloir répondre avec la plus grande réserve. Je sais, me dit-il cependant, qu’il s’agit de décorer la Salle des Mariages et que d’autres toiles ont été commandées à quelques-uns de mes collègues, mais si vous tenez à être mieux informé, adressez- vous à M. le Maire de Plainpalais, il vous donnera peut-être toutes les explications que vous désirez.
Ce mystère dans une administration publique m’intriguait toujours plus et je pris le parti d’aller directement à la Mairie, où M. le Maire lui-même voulut bien me recevoir dans la salle des Mariages,
C’est une salle rectangulaire, éclairée par deux larges fenêtres au nord-est ; le plafond est à caissons peints et les murs sont lambrissés du haut en bas de vieux chêne : des cases ont été réservées pour recevoir des peintures. A droite trois panneaux de 2 m. de largeur sur 1m.75 de hauteur ; à gauche, un panneau de mêmes dimensions entre deux panneaux plus petits.
Vous voyez, me dit le M. le Maire, cette salle est fort jolie et sera une petite merveille lorsque les peintures seront à leur place. Ce sera comme une exposition permanente de peintures d’une école genevoise très originale, car l’exécution des panneaux a été confiée à des peintres dont la réputation n’est plus à faire : Léon Gaud, Simon Durand, Castres et Ravel.—J’ai rencontré chez ces artistes l’accueil le plus empressé  et une bonne volonté au-dessus de tout éloge. Lorsque  je leur ai soumis le programme et distribué le travail, bien des questions semblaient difficiles à résoudre, par exemple : la dimension des figures, la hauteur du point de vue, la tonalité, ce qui constitue enfin  l’harmonie dans la décoration d’une pareille salle. Ces messieurs se sont mis promptement d’accord sur tous les points. Ils espèrent que l’exemple sera suivi par les administrations en général et que leur corporation sera plus souvent appelée à l’embellissement des édifices publics.
J’ai expliqué  à messieurs les artistes que le Conseil municipal ne m’avait accordé aucun  fonds pour ce travail et que je me trouvais dans la nécessité de recourir à la générosité de citoyens qui s’intéressent aux beaux-arts.—Le Conseil municipal a estimé que les dépenses exceptionnelles faites pour l’arrangement de la salle était suffisantes pour le moment et qu’il ne croyait pas pouvoir engager les finances communales pour une œuvre qui, certainement, lui souriait, mais qui est un peu nouvelle et en dehors du convenu. Messieurs les artistes m’ont alors déclaré qu’ils seraient les premiers souscripteurs en exécutant ces panneaux à des prix spéciaux. En effet, c’est à peine si ce que j’aurai à leur payer les défrayera de leurs études et du temps considérables qu’ils y ont consacré.
J’ai déjà quelques souscriptions et même des promesses, mais il me manque environ 8000 fr. et c’est une grosse somme…
« Gardez tous ces renseignements pour vous, me dit M. le Maire, car mon intention est de ne pas livrer ce projet à la publicité avant que j’aie en mains les fonds nécessaires ».
Je remerciai, et, muni du programme, j’allai faire le tour des ateliers d’où je revins très enthousiasmé de l’idée, bien décidé à ne tenir aucun compte des recommandations de M. le Maire.

Pourquoi ne pas donner de la publicité à ce projet qui n’est, au fond, que la reproduction de plusieurs actes de notre vie nationale contemporaine et qui intéresse au plus haut degré tout bon genevois ? Les vieux citoyens reverront avec plaisir une revue des milices sur la plaine, exécutée par M. Castres avec la plus grande exactitude : les vieux et les jeunes retrouveront dans les autres tableaux des scènes dans lesquels presque  tous ont joué un rôle ; en un mot la population prendra surement un vif intérêt à l’œuvre.
Je ne peux vanter ni critiquer les panneaux que j’ai vus chez les peintres, puisqu’aucun d’eux n’est terminé. Je peux seulement dire que les artistes, voulant se surpasser, réservent au public une surprise des plus agréables.

Voici, selon le programme, comment le travail a été réparti :

=>      M. RAVEL. Jardins maraîchers de Plainpalais (vers 1870)
C
e panneau doit représenter une vue des jardins de la Jonction, avec le bois de la Bâtie et les falaises du Rhône comme fond. – Jardiniers et jardinières au travail. Puiserande entourée d’arbres.

=>     M. Simon DURAND. Fête des promotions sur la Plaine (vers 1883)
Cette scène sera prise du chemin du Mail, entre 4 et 5 heures de l’après-midi, par un beau soleil, et devra donner l’impression d’ensemble d’une fête enfantine. L’artiste ne doit pas insister sur les détails des divertissements.

=>    M. CASTRES. Grande revue sur la Plaine (vers 1840)
Les milices genevoises sont réunies le matin en vue d’une inspection.
Le tambour bat aux champs ; nos premiers magistrats  défilent en silence au  milieu des soldats.*
              Petit-Senn           *

=>       M. Léon GAUD. Un mariage civil.
Les époux sont debout devant l’Officier d’Etat civil qui prononce les formules légales.
Parents. Témoins. Amis.
Et de chaque côté du précédent :
Un groupe de baptême sortant du Temple et Noces d’Or. Scène de famille.

*****

Note de l’archiviste du Musée du Vieux Plainpalais :

A ce jour, fin 2012, la salle des mariages est restée intact. Les meubles, appliques, lustre, plafond peint, etc. sont d’époque.

 

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